Article Viviane Frappreau

Leadership et estime de soi

Quand il est interrogé sur le leadership, Florent Menegaux, président du groupe Michelin, aborde volontiers le nouveau modèle de leadership que le leader mondial de fabrication de pneumatiques a développé, baptisé « I Care » (Inspiring – Create trust – Awareness – Results – Empowerment). Ce leadership modélisé pourrait inciter à essayer de « cocher toutes les cases ».

Cependant, dans une entreprise, il existe autant de définitions du leadership que d’individus au travail. Alors comment se construire en tant que leader dans cette multiplicité ? Que pouvons rajouter à la littérature managériale déjà très fournie ? Avons-nous besoin de recettes pour devenir leader ? Est-ce que cela s’apprend ?

Pour incarner un leadership inspirant, pas d’école, mais des situations, des expériences de vie, qui produisent de l’apprentissage, des prises de conscience. Chaque leader est unique, avec son style, sa vision, ses zones de brillance et ses zones d’ombre. Sur quoi devrait-il travailler pour continuer à progresser ? Un élément indéniable apparaît essentiel pour les dirigeants et responsables : c’est l’estime de soi.

L'estime de soi : de quoi parle-t-on ?

L’estime de soi est le jugement de valeur que l’on porte à propos de soi. Cette évaluation est fondée sur la conscience de sa propre valeur et de son importance en tant qu’être humain. Le concept d’estime de soi se vit à chaque instant différemment. Il est fluctuant, se nourrissant de nos succès et se tarissant dans nos difficultés.

L’estime de soi du dirigeant joue un rôle primordial dans sa façon de gérer ses équipes et son business. Les personnes qui se porte un jugement positif, se sentent considérées, ont des relations constructives. Elles sont dans l’écoute, dans la coopération, sans tomber dans l’angélisme. Elles n’ont rien à prouver et gardent les pieds sur terre tout en étant bienveillantes avec leurs collaborateurs. Elles construisent des relations de confiance et permettent à leurs équipes de s’engager de manière responsable dans les projets de l’entreprise.

En revanche, les personnes qui manquent d’estime de soi restent dans le contrôle, dans la rigidité. Elles ont peur de ne pas être capable de faire face en cas de difficultés et préfèrent rester dans le connu. Comment faire progresser l’entreprise alors ? Comment faire confiance à ses collaborateurs ? En proie aux doutes et à l’insécurité permanente, ces personnes recherchent constamment les signes de rejet ou de menace, ce qui les empêche d’ouvrir leurs perspectives.

Des clés pour entretenir et améliorer son estime de soi

Nous cherchons tous à satisfaire des besoins fondamentaux : le besoin d’être aimé et le besoin de se sentir capable de faire face (d’être compétent). Nos croyances, nos peurs, guident les comportements que nous adoptons pour influencer notre environnement. Et cela provoque des conséquences, positives ou négatives. Travailler son estime de soi permet d’augmenter son sentiment de sécurité interne et d’aborder les évènements qui se présentent avec la certitude d’être capable d’utiliser ses propres ressources pour faire face.

Voici quelques clés pour améliorer cette estime de soi :

  1. Se connaître : identifier ses modes de fonctionnement, ses capacités, ses limites.
  2. S’accepter : s’aimer tel qu’on est, avec ses qualités et ses défauts. La partie n’est pas facile, nous sommes tentés d’ignorer nos parts d’ombre.
  3. Être honnête envers soi-même : reconnaître ses émotions, ses ressentis et accepter leur importance dans nos interactions et nos décisions.
  4. Agir : Il ne sert à rien de se répéter « Il faudrait que… », « Ce serait bien si… ». Le changement commence par un premier pas qui déclenche les suivants.
  5. Être persévérant : vous allez rencontrer de la résistance et c’est bien normal d’être tenté de renoncer au changement. Winston Churchill disait : « Le succès c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. »
  6. Cultiver son assertivité : affirmer ses besoins, ses valeurs, savoir dire non, en restant dans le respect de l’autre.
  7. Améliorer son sens de l’écoute : écouter n’est pas attendre la fin d’une phrase pour parler, mais plutôt accepter d’avancer vers la vision du monde de l’autre dans le respect et l’authenticité.
  8. Construire son réseau de soutien : il est primordial de ne pas rester seul et d’entretenir son réseau de soutien. Il permet à la fois de se sentir aimé et aidé. Un bon appui pour progresser.

L'estime de soi pour développer son leadership

La tâche peut paraître immense si on regarde l’ensemble.

Et si se concentrer sur un objectif spécifique permettait de se lancer sur le chemin du changement pas à pas, d’apprendre au fur et à mesure et d’équilibrer son estime de soi durablement ? Car il s’agit bien d’équilibre. C’est en travaillant son estime de soi que le dirigeant, le responsable, densifie et fait rayonner un leadership plus humain et bienveillant qui inspire l’engagement dans ses équipes. Sa façon d’entrer en relation à l’autre se modifie et devient plus authentique. Ses interactions plus fluides entraînent des changements de comportement à la fois pour lui et pour ceux qui l’entourent. Améliorer son écoute lui permet de mieux savoir où en sont ses équipes et de mieux cibler les évolutions à viser, les objectifs à atteindre. Pas de miracle, mais des petits changements qui entraînent une nouvelle dynamique, plus vertueuse et source de performance et de qualité de vie au travail.

Et vous, où en êtes-vous ? Quel regard portez-vous sur vous, sur les autres ?

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Remerciements : un grand merci aux professionnels, sources d’inspiration, pour leurs partages d’expérience, leur confiance et leur temps précieux.

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