Article Corps, Cœur, Sagesse au travail Viviane Frappreau

Corps, Cœur, Sens au travail

A l’heure de la rentrée, pour un grand nombre d’entre nous, c’est le moment de relancer la motivation et l’engagement dans nos organisations de travail. Où en êtes-vous ? Serez-vous toujours en télétravail  ou allez-vous revenir travailler sur site ? Aurez-vous du plaisir à retrouver vos collègues, vos équipes, vos clients, vos dossiers ? Ou bien, aurez-vous l’impression d’un effort surhumain qui vous prend aux tripes et vous vide de votre énergie ?

Quel est votre lien avec votre entreprise en cette période de rentrée ?

Le retour des salariés sur site impose de réfléchir à comment reconnecter chacun à l’entreprise. Organisme complexe, elle prend vie au travers d’interactions entre individus, entre équipes, avec des clients, des fournisseurs, des prestataires, etc… Elle prend corps au travers de tous les échanges qui se font et au travers du travail réalisé par chaque individu. Chacun est un élément de ce système et influe sur sa façon d’exister. Votre façon de faire votre travail et vos interactions avec vos interlocuteurs influent directement sur le fonctionnement de votre entreprise.  Et aujourd’hui, avec tous les bouleversements que le monde du travail a vécus, il est grand temps de faire le point sur votre communauté de travail et comment elle existe.

Faire corps pour avancer

Oui, vous connaissez tous l’expression « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin » et vous pourriez sourire de condescendance en la voyant à nouveau dans cet article. Mais que nous raconte-t-elle vraiment ? Que la transformation de l’entreprise ne peut se faire que si les individus et les équipes ont construit des liens solides et se font confiance.

L’esprit d’équipe, cependant, ne se décrète pas, il se construit. Il faut d’abord se connaître entre individus, entre équipes, connaître son propre rôle et celui des autres. Il faut bien sûr se mettre d’accord sur comment on produit le travail, comment on interagit. Faut-il pour cela se conformer à des rythmes, des méthodes de travail uniformes, des valeurs plus ou moins proches de la réalité ? Comment se mettre en chemin vers un but s’il n’y a pas d’intérêt commun, de vision commune, de valeurs communes ? Comment trouver les bons rythmes quand personne n’écoute personne, et que chacun garde pour soi ses savoirs, ses idées et ses aspirations ?

N’ayons pas peur de confronter nos points de vue. L’altérité est dans le vivant. Et si, au lieu d’être une source de résistance, elle devenait le point de départ d’une vision du travail plus durable ?

Interrogez vos collaborateurs, ils ont tous une vision différente d’un « travail bien fait ». Qu’est-ce qui fait qu’ils forment une communauté soudée, engagée, ou que des relations tendues s’installent et perdurent ? La réponse ne peut pas être unique, chaque individu, chaque équipe, chaque entreprise a sa vérité. Débattre et confronter les points de vue, donne la possibilité prendre soin les uns des autres, de faire corps.

L'émotion au cœur du travail

Pas de faux semblants, il s’agit bien entendu de se parler de manière authentique, ce qui demande écoute de soi, de ses émotions et de celles de l’autre. Et c’est tant mieux car ces émotions nous guident au quotidien. Elles sont un signal physiologique naturel. Elles nous renseignent sur nos besoins, sur ce qui est important pour nous. Pourtant, prendre conscience de ces signaux, être à leur écoute pour se reconnecter à ses besoins, semble illusoire pour certains. Quand l’organisation nous demande toujours plus de rapidité, de procédures, d’efficacité, sans se soucier de nos ressentis, alors on peut comprendre la difficulté de s’accorder du temps pour prendre le recul nécessaire, de s’accorder le droit d’aller à la quête de soi, d’écouter ce que nous disent nos émotions, bref, de développer son intelligence émotionnelle.

Ces exemples résonneront peut-être pour vous :

  • Sébastien, dirigeant d’une PME, aimerait tant que Nicolas prenne plus d’initiatives dans son poste. Et Nicolas ne fait pas plus que ce qu’on lui demande et refuse la nouveauté. Leurs relations se tendent petit à petit, faute de trouver un terrain d’entente. Quelles émotions les guident ? Quels besoins ne sont pas satisfaits ?
  • Jean-François frise le burnout. Manager d’une équipe dispersée avec le télétravail et moins performante depuis quelques mois, il compense les erreurs de ses collaborateurs en allongeant ses horaires et en travaillant le weekend. Qu’est-ce qui le pousse à en faire toujours plus ? Et si son équipe s’exprimait sur cette situation, qu’apprendrait-il ?

Ne nous trompons pas, l’intelligence émotionnelle n’est pas le monopole du management. Si chacun devient plus conscient des émotions qui le traversent et qu’il se sent autorisé à exprimer ses besoins, alors, s’ouvre la possibilité de mieux vivre et travailler ensemble.

Discernement et sens

Nous avons tous un rôle à jouer, sur ce chemin de transformation. La sagesse vient du savoir, et ce savoir n’est pas seulement dans la tête des dirigeants ou sur les tableaux de bord, il est partout. Combien ont trouvé une idée innovante ou une solution à un problème lors d’une pause-café, en s’arrêtant pour discuter devant l’imprimante, lors d’échanges informels en visio ou messagerie, parfois même grâce à un simple SMS ? Encore faut-il se connaître, avoir des espaces d’échanges, être en confiance pour se parler et accepter d’écouter et d’imaginer ce qu’on peut faire de ce qui est exprimé.

Oser se dire les choses avec authenticité, sans jugement, s’apprend et se cultive. Sachons admettre que notre vérité n’est pas celle de nos interlocuteurs et sachons faire de nos différences des atouts pour innover.

Le sens vient avec le recul. Quelle utilité à aller toujours plus vite si nous ne savons pas quelle direction prendre ? Ce gaspillage d’énergie n’a pas de sens, épuise les équipes et empêche l’entreprise de rayonner. S’ils travaillent ensemble, main dans la main, dirigeants et collaborateurs ont plus de discernement, déploient une intelligence collective qui ouvre des perspectives et donne du sens au travail. Nous avons besoins les uns des autres. Cette conscience nous ramène à notre humanité, notre capacité à mobiliser Corps, Cœur et Sens pour révéler le meilleur de soi et de ses équipes.

Pour aller plus loin :

Retrouvez l’article sur :

Remerciements : un grand merci aux professionnels, sources d’inspiration, pour leurs partages d’expérience, leur confiance et leur temps précieux.